Ecolo-Ciney a voté pour le réaménagement de l’ancien stade de foot mais reste attentif à la gestion de ce projet et des aménagements sportifs proposés.

Les stade Lambert va être réaménagé

Ce lundi 26/04 au conseil communal, le groupe Ecolo a soutenu le projet de vente du stade Lambert en vue du réaménagement complet de la zone.

Si l’objectif annoncé est double -créer du logement et des espaces dédiés aux jeunes- nous voyons aussi que la nature et les espaces verts occupent une place centrale dans le projet : l’option d’aménagement principale est d’ailleurs décrite comme « L’espace vert au coeur du nouveau quartier » et la vision des nouvelles habitations s’appuie sur le concept de « Parc habité » !

Au-delà de cet aspect lié à l’extension du parc, Ecolo relève plusieurs points positifs dans le dossier à ce stade, et notamment :

1- La consultation citoyenne : une consultation citoyenne a été organisée, pas spécifiquement sur l’aménagement de la zone du stade, mais plutôt sur les attentes des usagers vis-à-vis d’aménagements dans le parc. Cette consultation est certes perfectible, mais constitue toutefois une bonne manière d’impliquer les citoyens.

2- Les connexions mobilité douce : l’intégration du nouveau quartier dans son environnement devra notamment passer par sa bonne connexion avec le centre-ville, le parc et les quartiers existants, via notamment des liaisons douces pour les piétons et les cyclistes. Celles-ci font partie des éléments « imposés » dans la programmation urbanistique imaginée pour le futur.

3- L’aspect intergénérationnel : dans ce projet, on retrouve notamment une volonté de provoquer des rencontres intergénérationnelles, avec des logements mixtes, dont certains adaptés aux personnes âgées, et des aménagements pour les plus jeunes via des zones de sports et de loisir, avec entre les deux, des espaces verts, zones de rencontres potentielles !

Tout est-il donc parfait ? Pas tout à fait… Deux éléments posent question à notre groupe et mériteront toute notre attention dans le suivi de ce dossier.

Un parking qui reste trop envahissant

Le projet manque totalement d’ambition quant au réaménagement du parking. L’espace occupé par les 130 places de parking, qui servaient principalement au stade pour les jours de match, aurait pu faire l’objet d’une réaffectation, mais il n’en sera rien. Seules les places situées directement le long du stade devraient disparaître, et 85 emplacements de stationnement seraient conservés. Le BEP avait pourtant bien identifié que seul un tiers du parking était utilisé pour les besoins des activités du site (conservatoire, maison des jeunes, crèche, etc). Malgré le souhait de « verduriser » quelque peu ce parking, nous pensons que conserver une cinquantaine d’emplacements aurait été amplement suffisant et aurait libéré de l’espace pour des affectations plus utiles qu’un espace de tarmac vide 99% du temps. Il s’agit a nos yeux d’une erreur dans la gestion parcimonieuse du sol qui devrait animer tout projet urbanistique !

Le risque d’une mixité illusoire

Si l’on n’y fait pas attention, l’aménagement d’une zone sportive génère souvent des inégalités dans son utilisation par les hommes et les femmes, et cela peut mener à l’entre soi masculin.

Or, le choix des futurs aménagements sportifs opéré par le Collège pour le Parc Saint Roch, même s’ils sont proposés et accessibles tant aux filles qu’aux garçons fortement orientés garçons.

  • Une aire de street workout, c’est-à-dire un mur ou des accessoires avec barres parallèles et verticales qui permettent des mouvements de gymnastique, le conditionnement du corps par la musculation et du parkour,
  • un terrain multisport de type agorespace ou citystade
  • une piste de pumptrack, c’est-à-dire un parcours en boucle fermée, constitué de plusieurs bosses consécutives et de virages relevés pour bmx et vtt,
  • un skate park
  • ainsi qu’une aire vélo master pour apprendre à rouler et circuler à vélo.

En fait, un espace sportif extérieur où la dimension de genre n’est pas réfléchie, c’est un peu comme une cour de récréation où le terrain de foot prend toute la place et où les garçons jouent ensemble, et où les filles sont reléguées dans la périphérie de la cour de récré pour éviter les coups de ballon.

Elles sont obligées d’opérer des stratégies d’évitement pour circuler dans la cour. Si elles veulent simplement traverser la cour, jouer au foot ou à un autre sport de leur propre initiative, elles seront moquées, houspillées, repoussées, si pas injuriées ou harcelées.

Cela fait maintenant des années que les espaces multi-sports ont été installés abondamment dans toutes les villes. On constate qu’ils ne répondent ni aux problèmes de mixité, ni aux impératifs intergénérationnels, ni aux aspects de genre. Des études relèvent même sur le terrain que des équipements sportifs d’accès libre se caractérisent par l’appropriation quasi exclusive de ceux-ci par les garçons.

La violence de genre, banalisée dans ces espaces de jeu, a comme conséquence la disparition de la mixité et la relégation des pratiques sportives féminines dans des activités spécifiques comme la danse, la course à pied et la gym.

Quelles mesures la commune de Ciney peut-elle prendre pour que ces aménagements sportifs conçus avec l’argent public soient égalitaires et favorisent la participation et la présence de toutes et tous ?

  1. L’insertion de critères de genre dans les cahiers des charges.
  2. La consultation de guides référentiels comme celui créé par la Ville de Paris sur le genre et l’espace public qui aide à la mise en œuvre de choix urbains qui répondent à l’impératif d’égalité
  3. Mettre en place une commission infra-sport comme cela a été fait pour la commission vélo et voies douces.
  4. Prendre en compte l’avis des femmes de tous âges pour qu’elles se sentent légitimes dans tous les espaces du parc via une vraie enquête de participation. Notons à cet égard qu’un mur d’escalade était proposé dans la mini-enquête mais ne se retrouve pas dans le projet. Or, des blocs d’escalade sont aussi très tendance, attirent les garçons comme les filles et tous les âges.
  5. Observer les bonnes pratiques opérées dans les autres villes. Comme par exemple à Copenhague dans le parc de Norrebro où ils ont développé un magnifique streetworkout adapté à tous les âges et qui se fond vraiment bien dans le paysage environnant (http://lepamphlet.com/tag/foret/)

    Un aménagement original à Copenhague

     

  6. Choisir des équipements à proximité d’un parcours santé qui permettent de réaliser des exercices de sport, de fitness basées sur le cardio, le stretching et le renforcement musculaire. Avoir une diversité d’engins qui permet de répondre aux besoins des usagers de tout genre, de tout âge et de toute condition physique, stimulant et renforçant les différentes parties du corps.
  7. Pour les terrains multisports, privilégier des sports comme le volley-ball ou le badminton plutôt que le foot ou le basket qui sont déjà bien présents dans l’espace public cinacien et au-delà. Donner la place à des sports de coopération et d’entraide.
  8. Et bien sûr, tous ces aménagements doivent s’accompagner d’un volet éducatif et pédagogique, qui relève de la responsabilité de tous. Pour la commune, c’est par exemple : encourager la Maison des jeunes, les clubs sportifs, les organisateurs de stages et les différents mouvements de jeunesse d’utiliser ces aménagements dans une optique de mixité de genre. Mais c’est aussi une GESTION de ces espaces qui est importante, pour éviter des phénomènes d’appropriation.

 

 

 

 

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